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Bob, bucket hat, cloche : le retour des chapeaux des années 90-2000

Blandine · 27/04/2026
Bob, bucket hat, cloche : le retour des chapeaux des années 90-2000

Bob, bucket hat, cloche : le retour des chapeaux des années 90-2000

Il suffit d'un tour sur n'importe quelle terrasse parisienne pour s'en rendre compte : les chapeaux sont partout. Pas n'importe lesquels d'ailleurs. Ceux-là mêmes que nos grands frères et grandes sœurs portaient en écoutant TLC ou les premiers albums d'Eminem. Le bob, le bucket hat, le chapeau cloche. Trois silhouettes que l'on croyait reléguées au fond des placards, et qui squattent désormais les défilés, les feeds Instagram et les rayons des friperies.

Comment expliquer ce raz-de-marée nostalgique ? Pourquoi maintenant ? Et surtout, comment les porter sans avoir l'air d'un figurant raté d'un clip de 1998 ? On a creusé le sujet.

Un voyage dans le temps, aux origines de ces chapeaux iconiques

Avant d'atterrir sur la tête de Rihanna ou de Bella Hadid, ces chapeaux ont eu plusieurs vies. Et pas des moindres.

Le bob, du port de pêche aux scènes hip-hop

Petite anecdote rigolote : le bob, ce sont à l'origine les pêcheurs irlandais qui l'ont inventé, au début du XXe siècle. La forme arrondie, le bord souple qui retombe, tout était pensé pour évacuer la pluie. Pratique, fonctionnel, sans prétention.

Puis l'armée américaine s'en empare pendant la guerre du Vietnam. Et là, changement de décor. Dans les années 80, le hip-hop new-yorkais récupère l'objet et lui colle une aura de cool absolu. LL Cool J, Run DMC, plus tard Schoolly D. Le bob devient un emblème, presque un blason.

Le bucket hat, étendard du streetwear

On confond souvent bob et bucket hat. À tort. Le bucket hat, lui, a un bord plus structuré, une coupe plus rigide, une allure quasi militaire. Là où le bob fait dans la décontraction, le bucket impose une certaine attitude.

Les années 90 le consacrent comme symbole de la culture skate et hip-hop. Stüssy en fait une signature. Kangol aussi. Et puis il y a eu cette image, gravée dans la mémoire collective : Gilligan, oui, mais surtout les héros du rap qui en ont fait un attribut identitaire fort.

Le chapeau cloche, l'élégance qui ne meurt jamais

Direction les années 20 cette fois. Le chapeau cloche, c'est l'accessoire des garçonnes, des flappers, des femmes qui coupent leurs cheveux courts et fument à la terrasse des cafés. Un siècle plus tard, les designers des années 90 et 2000 se le réapproprient. Tom Ford, Marc Jacobs. Ils en font une pièce romantique, un brin mystérieuse, taillée pour les silhouettes minimalistes de l'époque.

Pourquoi ce grand retour aujourd'hui ?

La question vaut la peine d'être posée. Pourquoi ces chapeaux, et pourquoi maintenant ?

La vague Y2K, plus forte qu'on ne le pensait

On pensait que ce serait un feu de paille. Erreur. Le revival Y2K, ces fameuses années 2000 avec leurs jeans taille basse, leurs petites lunettes ovales et leur esthétique bling, s'installe durablement. Les vingtenaires d'aujourd'hui n'ont pas vécu cette époque, ou à peine. Ils la fantasment. Et c'est peut-être ça, justement, qui rend la nostalgie si puissante : elle n'a pas besoin d'être vécue pour être désirée.

Les it-girls ont sonné la charge

Rihanna a probablement été la première à remettre le bucket hat sur la carte, vers 2016. Bella Hadid a enchaîné avec ses combinaisons bob-microsac. Dua Lipa s'y est mise. Et quand ces trois-là portent quelque chose, le reste du monde suit. C'est mécanique.

TikTok, accélérateur de tendances

Impossible de parler de mode actuelle sans évoquer le rôle des réseaux sociaux. Un hashtag qui décolle, une vidéo qui fait le tour du globe en 48 heures, et hop, le bucket en crochet devient la pièce indispensable de l'été. Instagram pose le décor, TikTok met le feu.

Une quête d'authenticité et de second degré

Il y a aussi quelque chose de plus profond. Dans une époque saturée de filtres et de retouches, ces chapeaux apportent un côté décalé, presque ironique. On les porte avec un sourire en coin. Comme pour dire : oui, je sais que c'est un peu kitsch, et alors ?

Comment porter ces chapeaux avec style en 2024 ?

Reste la grande question. Celle qui fâche. Comment éviter la faute de goût ?

Le bob, allié des looks décontractés

Le bob fonctionne à merveille avec un jogging ample, un t-shirt oversize et des sneakers chunky. C'est le réflexe streetwear par excellence. Mais on peut aussi le détourner avec une robe fluide en lin pour casser les codes. Ce contraste, c'est souvent là que ça devient intéressant.

Le bucket hat, terrain de jeu pour les matières

Le grand luxe du bucket hat aujourd'hui, c'est sa déclinaison infinie. Denim brut pour un look workwear. Tweed pour l'hiver, à la Jacquemus. Crochet coloré pour les festivals. Fourrure synthétique pour les soirées hivernales. Chacun y trouve sa version.

Le chapeau cloche, le pari de l'élégance

Plus exigeant, plus pointu. Le cloche demande une certaine assurance. Il s'épanouit avec un manteau long, un trench bien coupé, des bottines à talons. Côté bohème, on peut l'associer à une robe en velours et des bijoux dorés. Effet années 70 garanti.

Quelques erreurs à éviter

Petit point morphologie : un visage rond appréciera un bob un peu plus haut, qui allonge la silhouette. Un visage allongé, lui, préférera des modèles à bord large. Et de grâce, évitez de porter un bucket hat enfoncé jusqu'aux yeux si vous mesurez 1m55. Question de proportions.

Pour les saisons, oui, ces chapeaux se portent toute l'année. Toile et coton léger l'été, laine, feutre et tweed l'hiver. Aucune excuse pour les ranger.

Les marques et créateurs qui dominent la tendance

Les maisons de luxe en première ligne

Prada a probablement été l'une des premières à relancer le bucket hat haut de gamme avec son fameux modèle en nylon noir orné du triangle logo. Jacquemus a suivi, avec ses chapeaux paille XXL et ses bobs en tweed. Dior et Gucci se sont aussi frottés à l'exercice, chacun avec leur signature.

Le streetwear, terrain historique

Difficile de parler bucket hat sans citer Stüssy, qui en a fait un classique. Supreme, Carhartt WIP, Patta. Ces marques continuent d'incarner l'âme originelle de l'accessoire, celle des skateparks et des sessions DJ improvisées.

Les indépendants et l'artisanat

C'est peut-être là que ça devient le plus excitant. Une multitude de créateurs indépendants, souvent croisés sur Etsy ou en pop-up store, proposent des pièces uniques. Bobs en patchwork, bucket hats brodés à la main, chapeaux cloches en feutre teint à la main. Chaque pièce raconte quelque chose.

L'option écoresponsable

Et puis il y a la dimension durable, qu'on ne peut plus ignorer. Plusieurs jeunes labels misent sur l'upcycling, transformant des chutes de tissus ou des vêtements vintage en chapeaux uniques. À surveiller : Marine Serre, qui en a fait un véritable manifeste, et de plus petites structures qui poussent un peu partout en Europe.

Le filon vintage

Pour les vrais passionnés, rien ne vaut la chine. Une virée chez Kilo Shop, un tour aux puces de Saint-Ouen, et on tombe parfois sur des pépites pour 10 ou 15 euros. Authenticité garantie, et conscience tranquille en prime.

Plus qu'une mode, un véritable statement

Le chapeau comme prolongement de soi

Choisir un chapeau, ce n'est jamais innocent. C'est encadrer son visage, modifier sa silhouette, dire quelque chose sans parler. Un bucket hat avec slogan, un bob fleuri, un cloche en velours. Trois messages totalement différents.

Marqueur générationnel

Les sociologues de la mode l'observent : ces chapeaux sont devenus des codes intergénérationnels. Les uns les portent par nostalgie. Les autres les redécouvrent comme une nouveauté. Et tout le monde se croise sur le même territoire visuel. Plutôt fascinant, non ?

L'unisexe, désormais la norme

Bonne nouvelle : ces accessoires se moquent éperdument du genre. Hommes, femmes, non-binaires, tout le monde s'en empare. C'est même probablement l'un des secrets de leur succès actuel.

Une question qui dérange

Reste un débat plus délicat. Le bucket hat, en particulier, vient d'une histoire culturelle précise, ancrée dans le hip-hop afro-américain. Quand une maison de luxe européenne le vend 600 euros sans jamais en mentionner les racines, certains crient à l'appropriation. Le sujet mérite qu'on s'y attarde, plutôt que de le balayer d'un revers de main.

Tendance de fond ou simple parenthèse ?

Difficile de trancher. Mais quelque chose laisse penser que ces chapeaux sont là pour rester. Trop polyvalents, trop ancrés dans une culture pop devenue patrimoine, trop adaptables aux saisons et aux humeurs. Le bob, le bucket hat et le cloche ont quitté la case éphémère.

En guise de conclusion

Voilà donc trois chapeaux, trois histoires, trois vibes. Et un même phénomène : celui d'une mode qui se nourrit en permanence de son passé pour réinventer son présent. La nostalgie n'est plus un repli, c'est un moteur créatif.

Que réservent les prochaines saisons ? Difficile à dire. Peut-être un retour des bérets, des chapeaux de cow-boy revisités, ou de toute autre forme oubliée. En attendant, une chose est sûre : il n'y a jamais eu meilleur moment pour oser un chapeau. Alors pourquoi attendre ?

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